Ven, Nov 24, 2017
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Port sur la tête

(édité par Luc de Bailliencourt)

"Le yoga est un exercice physiologique qui doit être transformé en une action psychologique."
B.K.S.Iyengar

J’ai dit : "les paysans me révèlent Iyengar". Mais ils me révèlent aussi que ce qui peut être bon dans une civilisation n’est pas forcement adapté à une autre. Nos ‘carcasses’ sont-elle bâtie exactement comme celle des Indiens ? Sont-ils crispés et raides comme les Occidentaux ? J’ai enfin compris pourquoi, au bout de quelques années d’un travail très précis, moi et mes élèves redescendions de Śirşāsana tout souffreteux.:

D’une part, on ne porte jamais son propre poids, c’est-à-dire qu’on ne met jamais sur les cervicales une charge égale à son propre poids, c’est beaucoup trop lourd. Une femme normale porte entre 35 et 40 kilos alors qu’elle en pèse 50 ou 60 ; un homme porte au maximum 60 kilos dans les salines. De même, quand je suis arrivée sur le port dans les années 80, il n’y avait que les descarregadores qui approvisionnaient les usines de conserves qui portaient des paniers de 50 kilos
environ. Miguel avait changé d’équipe dès qu’une place s’était libérée dans l’équipe do consumo parce qu’on n’y portait qu’environ 35 Kilos.

D’autre part, une fois chargé, on ne reste jamais immobile, on marche : ce n’est pas de la gymnastique mais de la vie : on ne se charge pas pour rien. Nous verrons la même manière de s’y prendre pour les porte-pièce de Bordeaux ("Une fois chargé, le porte-pièce ne devait jamais s'immobiliser sous peine de souffrir des ‘reins’").

Et puis, une fois chargé, on ne bouge plus les cervicales : si on veut traverser une rue, ce n’est pas la tête qui tourne pour voir s’il arrive ou non une voiture ; on tourne tout entier, depuis les pieds, au mieux depuis les chevilles…A comparer avec les diverses variations de Śirşāsana soit en ’ciseaux’ dans lesquelles nos rachis s’arrondissent complètement parce que nos ischio-jambiers ne nous permettent pas de baisser une jambe uniquement depuis la coxo-fémorale pour frôler le sol avec le pied ; soit en torsions, celle-ci demandant à tout le rachis, cervicales comprises, de virer soit avec les jambes jointes, soit avec les jambes en ‘ciseaux’ 

"Pour ce grand amoureux de la vérité (qu’est B.K.S.Iyengar), seul le contact réel, la sensation du contact réel qui arrive, pure, aux facultés cognitives, peut aider à évoluer vers la connaissance juste"
"Le raffinement sensoriel induit une haute culture, voilà le résultat loyal de l’expérience... au bout du chemin commencé à la sensation, la sapience laisse place à la sagacité; je veux dire que, mieux qu’à ces connaissances que la science canonise, ce chemin aboutit, en fait à un goût affiné, donne un odorat exquis et un toucher velouté,
forme une vue délicate des nuances, 1Perez-Christiaens Noëlle (recueillis par), 1976, B.K.S. Iyengar, Etincelles de Divinité- Sparks of Divinity, Paris, Institut B.K.S.Iyengar , P 57.
2 Perez-Christiaens Noëlle, 1978, Mokśa, recouvrez la liberte native, Paris, Inst. B.K.S.Iyengar, p. 53 cultive une ouïe musicale ou linguistique subtile... bref, construit une culture fine ...
Michel Serre